Le chanvre

La série verte | La culture du chanvre au Canada

Le chanvre était très répandu au Canada et aux États-Unis aux XVIIIe et XIXe siècles. La fibre robuste de cette plante servait à la production de cordes, de vêtements et même de parachutes.

Mais en 1938, la culture de la plante est interdite, en même temps que le chanvre indien, que l’on appelle aussi marijuana. Pourtant, le chanvre commercial ne contient pas de substances stupéfiantes. Avec l’interdiction, cette industrie s’écroule pour une première fois.

En 1998, Ottawa accepte de faire une distinction entre le chanvre commercial et la marijuana. La plante peut donc à nouveau être cultivée librement. Des centaines de fermiers se lancent alors de nouveau dans la culture du chanvre.

René Saquet était l’un des pionniers de la culture du chanvre dans l’Ouest. Cette plante est tellement méconnue que certains la confondaient encore avec la marijuana. Les producteurs comme lui espéraient, à l’époque, que le marché de la fibre de chanvre se développe à nouveau au pays.

Au même moment, René Saquet et d’autres concluent aussi une entente avec un entrepreneur de l’Ontario. Il veut fabriquer, entre autres, des produits de beauté et de l’huile végétale à partir de la graine de chanvre. Le rêve de raviver le commerce du chanvre prend forme. L’entente qu’il a conclue avec la compagnie ontarienne tombe à l’eau, et le commerce tant espéré de la fibre de chanvre n’est jamais créé. Sans débouché pour sa récolte, il vend ses graines à perte, au plus offrant. Il abandonne la culture du chanvre après seulement trois ans d’essai.

À une centaine de kilomètres au Nord, Art Potoroka se lance aussi dans la production du chanvre, mais avec un groupe de 200 fermiers qui font affaire avec une compagnie de la Californie.

Il cultive 140 hectares de chanvre, produit des centaines de kilogrammes de graines et plus de 500 ballots de paille. Mais la compagnie californienne, en difficulté financière, ne vient jamais chercher le produit. À ce jour, des centaines de ballots de paille produits en 1999 attendent toujours dans ses champs.

Mais Art Potoroka, lui, s’accroche à son rêve. Il tente de s’allier aux cultivateurs de chanvre de sa région pour trouver des débouchés. Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’au même moment, à Winnipeg, une entreprise se prépare à donner une troisième vie au commerce du chanvre.

Mike Fata est un homme d’affaires qui a découvert le chanvre par hasard. Mais plutôt que de miser sur la fibre, il s’intéresse aux qualités alimentaires de la plante! Le chanvre est une source importante d’oméga-3, d’oméga-6 et d’oméga-9, des gras essentiels au corps humain.

C’est ici que le sort d’Art Potoroka et de Mike Fata se rejoint : le premier a des surplus de graines de chanvre dans ses silos; l’autre rêve d’en faire des aliments.

Art Potoroka accepte de produire du chanvre dans les années à venir pour Mike Fata et ses partenaires. Leur entreprise, Manitoba Harvest, développe entre-temps des aliments à base d’huile de chanvre, de la farine et du beurre, par exemple.

Ensuite, c’est le marketing. L’entreprise fait de grands efforts pour changer l’image de la plante.

Les ventes augmentent. Mais les dépenses aussi, parce que Manitoba Harvest investit tant dans son usine que dans le développement de nouveaux marchés. Les producteurs de chanvre, eux, tirent enfin profit de la récolte. Le chanvre coûte moins cher à produire que les récoltes conventionnelles, puisqu’il requiert peu d’engrais et aucun produit chimique.

En 2004, la persévérance et l’investissement de Mike Fata portent leurs fruits. Les ventes montent en flèche aux États-Unis, pays où la production du chanvre est toujours illégale.

La même année, Manitoba Harvest développe un nouveau produit qui deviendra de loin celui qui se vend le mieux : du lait à base d’huile de chanvre, un substitut au lait de vache.

Le succès des aliments à base de chanvre a des répercussions sur les fermes canadiennes. Le nombre d’hectares approuvés pour la culture du chanvre est tombé de plus de 90 % entre 1999 et 2001, après le crac du commerce de la fibre. Il a depuis regagné tout le terrain perdu. En 2006, la culture du chanvre était autorisée sur plus de 19 000 hectares, un record au Canada. Si bien que l’Association canadienne pour la commercialisation du chanvre a changé sa stratégie de marketing.

Manitoba Harvest est aujourd’hui l’une des sociétés qui grandit le plus rapidement au pays. La valeur de ses ventes est passée de 50 000 $ par année en 1998 à plus de 5 millions de dollars en 2007. À l’automne 2008, Mike Fata et ses partenaires emménagent dans de plus grands locaux. Ils s’attendent à ce que les ventes atteignent 25 millions de dollars par année d’ici cinq ans.

L’été prochain, Art Potoroka compte à nouveau semer du chanvre dans ses champs.

Après avoir été interdit dans les années 1930, puis délaissé dans les années 1990, le chanvre semble avoir retrouvé ses lettres de noblesse au sein de l’agriculture canadienne. Et cette fois-ci, il prend le chemin de nos assiettes.

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