La tyrannie de l’épilation

Oser Être Soi, c’est surtout ne pas dépendre du regard des autres

De nombreux peintres représenteront ensuite le corps féminin avec sa pilosité. On peut citer Modigliani (à droite, Nu couché – 1919), Klimt (à gauche, Adam et Eve– 1917-1918), Schad…

C’est au début du 20ème siècle, aux Etats-Unis, que la pratique moderne de l’épilation va apparaitre. Elle est véhiculée par des nouveautés comme le cinéma, les magazines féminins et bien sûr la publicité. Au cours du siècle, les femmes mettront des vêtements de plus en plus légers et en parallèle l’épilation n’aura de cesse de se développer, comme pour « rhabiller » les femmes qui ne doivent pas montrer leurs poils, attributs de leur maturité sexuelle. En France, l’épilation apparaît après la deuxième guerre mondiale, avec l’arrivée des bas en nylon transparents.

De nos jours, l’épilation est devenu une norme et très peu de femmes ne se plient pas à cette contrainte. Celles qui osent montrer des jambes ou des aisselles poilues sont aussitôt considérées comme « déviantes » et doivent subir des remarques et des regards désobligeants. Cette norme est évidemment entretenue par les médias, particulièrement la publicité, car l’épilation représente un marché énorme (les publicitaires essaient même – avec un succès grandissant – de conquérir les hommes). Une femme est évidemment plus rentable lorsqu’elle est complexée et achète des tas de produits pour ressembler à un idéal de beauté inaccessible (la femme lisse, fine, bronzée, épilée) que lorsqu’elle accepte son corps et se sent bien dans sa peau. La publicité nous fait croire que les poils sont laids, inutiles, sales, peu sexy, alors que nous avons vu que c’est tout le contraire !

Refuser l’épilation rejoint le combat féministe. S’épiler revient à se priver d’un attribut de notre féminité. Aurait-on l’idée de se couper un sein ? Ce qui distingue une femme d’une petite fille c’est pourtant cela, les seins et la pilosité ! Les médias veulent « infantiliser » les femmes, en leur interdisant d’assumer leur sexualité. Comment analyser la pratique actuelle du pubis épilé intégralement dérivée de l’industrie pornographique (dans ces films, le sexe de la femme est même parfois opéré pour ressembler le plus possible à celui d’une petite fille), si ce n’est comme une mode aux relents pédophiles ?

Arrêtons de croire ces marchands qui dégradent l’image de la femme. Réconcilions-nous avec notre corps ! Toutes les femmes sont belles, naturellement…
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Norme et contrôle social : le cas de l’épilation féminine

http://www.ecologielibidinale.org/fr/biblio/miel_normeepilation.pdf

Norme et contrôle social : le cas de l’épilation féminine

Auteur : Jocelyn Patinel

Année universitaire 2005-2006 Mémoire de Master 1 de Psychologie – spécialité Psychologie Sociale

Psychanalyse du poil

Selon Sakoyan (2002), du point de vue psychanalytique le rasage est associé à la castration. Ceci concerne surtout les cheveux et cette interprétation ne paraît opérer que dans des contextes spécifiques (esclavage, femmes tondues…). Hofstein associe le poil à la sexualité (présence sur les zones érogènes) et l’épilation du maillot à un comportement de pudeur. Pour lui l’épilation dénote un rejet de la bestialité (vue comme fantasme de violence érotique). Descamps (1986) explique lui l’épilation féminine par un désir d’infantilisation, par la répression de la sexualité (angélisme, somatophobie), par la différentiation sexuelle d’avec les hommes et par opposition à l’animal.

Sociologie du poil

Soumission et insoumission

Selon Sakoyan (2002), du point de vue sociologique avoir les cheveux courts (et par extension être épilée) est associé à l’acceptation des lois normatives et disciplinaires. Donc ne pas s’épiler renvoie à deux types de positionnements opposés :

  • c’est se situer en dehors des normes de civilité (la personne est ainsi exclue du champ politique) ;
  • ou c’est porter un message politique (revendication d’une opposition aux lois normatives) : selon Maisonneuve et Bruchon-Schweitzer (1999), le refus de l’épilation est associée « à l’adhésion à des valeurs non-conformistes et/ou à l’appartenance à des groupes marginaux. » (p.77). Via la codification du poil, le corps politique imprime sa marque sur le corps individuel ; elle peut même se trouver imposée par les régimes autoritaires. L’apparence pileuse marque la frontière entre soumis et insoumis (Bromberger, 2005).

Féminité et sexualité

Les analyses féministes, citées par Toerien et Wilkinson (2003), associent l’épilation à la passivité sexuelle, au fait de ne pas accéder au statut d’adulte, aux normes socio-culturelles véhiculant l’image d’une féminité domestiquée et sous dépendance de l’homme. Le glabre, plus qu’un critère de « beauté » participe de la construction d’une femme ayant une féminité appropriée. L’épilation est un travail de transformation du corps afin de ressembler à un idéal féminin socialement construit (voir Toerien, Wilkinson et Choi, 2005). Pour la construction sociale du lien entre beauté et féminité voir aussi Domenc, 1992 (p.44-49). Pour cet auteur les poils du corps sont retirés parallèlement à la dénudation des différentes zones du corps, car ils seraient trop évocateurs de la sexualité. Quand aux poils pubiens la femme doit bien les tailler afin de montrer qu’elle n’a pas « une sexualité débridée, animale, non-socialisée » (p.62).

Enfin la norme de l’épilation « endosse fortement le sous-entendu de toutes les pratiques de modifications corporelles, à savoir que le corps féminin n’est pas acceptable tel qu’il est. » (traduit de Tiggemann et Kenyon, 1998 citées par Toerien et Wilkinson, 2003).

Société de consommation et classes sociales

L’influence de la publicité dont les images de corps sont perçus comme corps de références est soulignée par Domenc (1992). Cet auteur note aussi que les corps « libérés » sont d’abord ceux des classes moyennes et supérieures, « cet engouement [pour le corps] contribue à durcir les normes d’apparences corporelles » (p.38) ce qui provoque une mésestime de soi chez les femmes qui ne peuvent accéder aux standards de beauté définis par l’idéologie dominante. De fait Toerien et Wilkinson (2003) rappellent que le coût financier de l’épilation et des autres soins cosmétiques peuvent exclure des standards acceptables les femmes ayant de faibles revenus. L’augmentation des « soins de beauté » requis produirait chez les femmes un sentiment sous-jacent d’autodévalorisation qui contrerait les effets matériel de la libération accrue des femmes. L’imposition normative des critères de «beauté», dont l’épilation, est en effet source de souffrances psychiques9 pour bien des femmes (voir par exemple Collectif, 2004). Selon Domenc (s’appuyant sur Baudrillard) : « au fur et à mesure que la femme se libère (socialement et sexuellement parlant), elle se confond de plus en plus avec son corps […]. On invite la femme à prendre soin de son corps, à le rendre séduisant. Il est devenu de mythe directeur d’une éthique de la consommation : c’est un support économique, un principe d’intégration (psychologie), et une stratégie (politique) de contrôle social » (p.41).

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La culotte « assumons nos poils »

Un fabricant de vêtement propose de renverser cette tendance en mettant à son catalogue des produits qui montrent des poils. Les poils ne sont plus à cacher mais deviennent un élément de décoration. Vous voyez par vos réactions comment vous êtes conditionnés et manipulés par des croyances que vous ne remettez pas du tout en cause.

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Les poils sont de retour et s’affichent en public.

Deux artistes finlandais Nutty Tarts proposent trois modèles de sous vêtements POILUS….
Histoire de ne pas se prendre au sérieux et de rigoler un peu…

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Les bonnes raisons pour arrêter de s’épiler : 

La santé :

  • Les poils ne sont pas inutiles dans le corps mais ont un grand nombre de fonctions. Enlever ses poils revient à se mutiler et crée un stress sur l’organisme.  D’où les irritations, rougeurs, boutons que cela provoque. Inutile de parler de la douleur…
  • Les poils émettent des hormones (les phéromones) qui jouent un grand rôle dans les rapports avec les autres, particulièrement lors des relations sexuelles. Ce sont également des capteurs sensoriels. J’ai pu remarquer que la petite brise printanière est très agréable sur des jambes naturelles !
  • Les poils sous les aisselles servent  à réguler la transpiration.  Avoir les poils longs, contrairement à une idée reçue, permet de limiter l’odeur de la transpiration, puisqu’elle s’évapore mieux et ne macère pas sur la peau, et de se sentir plus fraiche. On peut ainsi utiliser moins de déodorant, voire le supprimer (les déodorants chimiques contiennent des produits dangereux pour la santé).
  • Les poils du pubis et les sourcils protègent ces parties fragiles des agressions et microbes extérieurs. S’épiler le pubis favorise les mycoses et autres infections. Ca n’a donc rien « d’hygiènique », contrairement à ce qu’on nous martèle souvent.


L’environnement :
La plupart des produits utilisés pour l’épilation (cires, crèmes dépilatoires), comme tous les cosmétiques chimiques, contiennent des produits toxiques pour le corps et très polluants, car ils se dégradent mal dans l’environnement. Les épilateurs ou rasoirs électriques utilisent de l’énergie, ils marchent souvent avec des piles.

Le porte-monnaie :
C’est un aspect non négligeable quand on voit le prix des produits dépilatoires, ou des séances d’épilation dans les instituts de beauté ! Et on gagne aussi du temps.

L’aspect culturel :
En occident, l’ampleur que prend le phénomène de cette phobie des poils est relativement récente. Autrefois, la majorité des femmes ne s’épilait pas (peut-être seulement dans les classes les plus aisées). Cependant les poils sur le corps féminin ont toujours été un tabou, en témoignent les nombreuses représentations au cours des siècles, dans lesquelles les femmes nues n’ont aucun poil sur le pubis ou les aisselles. Les poils renvoient à la sexualité et sont donc cachés pour avoir une image de la femme lisse, pure et idéalisée. Le tableau « L’origine du monde » de Courbet peint en 1866 est le premier à représenter le sexe de la femme de façon réaliste, d’où le fort pouvoir érotique de ce tableau. A cette époque également, Emile Zola insistera sur la sensualité qui se dégage de la pilosité féminine, dans son roman Nana (1880, l’intrigue se situe en 1868), lors de l’apparition de l’héroïne :
« Nana était nue. Elle était nue avec une tranquille audace, certaine de la toute-puissance de sa chair. Une
simple gaze l’enveloppait;(…) C’était Vénus naissant des flots, n’ayant pour voile que ses cheveux. Et, lorsque Nana levait les bras, on apercevait, aux feux de la rampe, les poils d’or de ses aisselles. »
Plus loin dans le roman :
« Nana était toute velue, un duvet de rousse faisait de son corps un velours; »
Nous sommes loin de l’image actuelle de la femme poilue, qui ne serait pas « sexy » !

La tyrannie de l’épilation

–__- Contre l’épilation ?

En publiant, en janvier, son enquête sur « les nouvelles tendances de l’épilation maillot », le magazine Elle n’imaginait pas provoquer autant de réactions parmi ses lectrices et sur nombre de forums Internet. Le dossier de huit pages, illustré de photos de jeunes femmes dénudées du bas, livrait toutes sortes de conseils pour « bien cultiver son jardin secret ». On y apprenait que, « malgré la douleur », la tendance actuelle est à « l’épilation semi-intégrale », ne laissant qu’une pilosité réduite à la forme d’un ticket de métro. Voire beaucoup moins, les esthéticiennes interrogées par Elle déclarant être confrontées à une « augmentation constante de la demande d’épilations intégrales ».

Choix personnel ou diktat de la mode et de la publicité ? Souci hygiéniste ou influence – consciente ou non – du porno et de ses professionnelles qui s’affichent totalement glabres sur Internet ? Soumission aux injonctions masculines ou simple désir d’être bien dans son corps sans poils ?

« Le pubis, pourtant la plupart du temps dissimulé, serait plus contraint esthétiquement que tout autre lieu corporel », souligne l’auteure du dossier, Paola Bataille. Sur le site du magazine, cette question, apparemment futile, a suscité des échanges souvent enflammés entre défenseures du droit des femmes à disposer librement de leur corps et adeptes du pubis lisse. Le journaliste Stéphane Rose, auteur du pamphlet Le Procès du poil (La Musardine, à paraître en avril), juge l’attitude de la presse féminine ambivalente sur le sujet, qui d’un côté, vante le libre choix de la femme, et de l’autre, l’incite à user de méthodes pour se défolier.

Accrue par le port du string, cette mode du glabre vient, selon lui, des films X américains dont les stars sont adeptes du fitness. Déjà, dans Une femme mariée (1964), de Jean-Luc Godard, l’amant conseillait à sa maîtresse de « faire comme les actrices des films italiens, elles ne s’enlèvent pas les poils des aisselles ». Et la femme de répliquer : « Je préfère les films américains, tournés à Hollywood. »

Parties tourner aux Etats-Unis, les vedettes européennes du porno en sont revenues… à leur image, raconte Stéphane Rose : « faux ongles démesurés, prothèses mammaires en silicone et sexe sans poil. Maintenant, il n’y a plus que cela. Et sur les sites pornographiques, les toisons sont classées dans la catégorie spéciale « hairy pussy », comme s’il s’agissait d’une déviance, d’un fantasme pervers. C’est un renversement complet. »

Stéphane Rose a mené une enquête auprès d’esthéticiennes. Selon elles, les trois quarts des adeptes de l’épilation intégrale du maillot sont âgées de 18 à 25 ans. « Elles se soumettent aux goûts des hommes, affirme le journaliste. Dans le journal pour ados, Girls, je tenais la rubrique « paroles de mecs ». Et ceux-là estimaient que le poil était sale, pas normal. »

Il est fréquent que les hommes de moins de 25 ans confessent n’avoir jamais connu, intimement, de femme non épilée. La vision des aisselles touffues de Laetitia Casta dans le film de Pascal Thomas, Le Grand Appartement (2007), avait provoqué un certain émoi. L’actrice avait défendu ce choix personnel, soutenant que « le poil, c’est très érotique ».

C’est ainsi que le voyaient les grands auteurs. « Lorsque Nana levait les bras, on apercevait, aux feux de la rampe, les poils d’or de ses aisselles », écrivait Zola. Aujourd’hui, le corps se doit d’être uniformisé, hygiéniste et juvénile. En réaction, le Mouvement international pour l’écologie libidinale (MIEL) prône sur son site (Ecologielibidinale.org) un retour au naturel. « L’épilation rend symboliquement la femme mineure et la désexualise, car le poil, apparaissant à la puberté, est un signe de maturité sexuelle. (…) De plus, l’épilation et la désodorisation suppriment les phéromones (dimension olfactive de l’érotisme). » Que serait L’Origine du monde, de Courbet sans follicule pileux ? Corps sans visage, le modèle, certes plantureux, aurait pu passer pour celui d’une petite fille, et n’aurait pas connu une notoriété mondiale.

L’artiste Jeanne Mordoj, affublée d’une fausse barbe, propose à Paris un spectacle intitulé Eloge du poil, afin de donner à réfléchir sur cette aseptisation de la société. « Ce ne sont pas seulement les pubis féminins qui sont sur la sellette, écrit le critique de cinéma Gérard Lenne, dans Sexologie magazine. Toute notre époque marque une horreur du poil qui est peut-être une réaction contre l’ère hippie, ce septennat enchanté qui s’étend en gros de 1967 à 1974. On se souvient du triomphe des cheveux longs (…), signe d’abondance et de luxuriance qui trouvait son équivalent dans un délire vestimentaire axé sur l’ampleur, la générosité. Et celles qui se dénudaient à Woodstock montraient bien qu’elles avaient gardé tous leurs poils ! »

Les fabricants rivalisent de promesses de bien-être pour entretenir ce culte d’un corps lisse : crèmes, laser, bandes de cire, épilation au fil, etc. Selon le Wall Street Journal, en 2008, l’industrie mondiale de l’épilation a réalisé un chiffre d’affaires de 1,8 milliard de dollars (1,3 milliard d’euros).

Sylvie Kerviel et Macha Séry
Article paru dans l’édition du 07.03.10 Le Monde