Le grain de blé de Zarathoustra

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Extrait et traduit de « The Essene Teachings of Zarathustra » de E. Bordeaux-Szekely, IBS International, Matsqui, Canada

Il y a bien longtemps le Roi de Perse, Vishtaspa, s’en revenait de campagne militaire victorieuse. Passant près de l’endroit où Zarathoustra vivait avec ses disciples, il décida de rendre visite à ce fameux Sage dont le nom était connu de chaque Persan. Le roi voulait voir si Zarathoustra pouvait répondre aux questions auxquelles les gens de la cour ne pouvaient répondre. Le roi et sa suite s’approchèrent du lieu où vivait Zarathoustra et aperçurent un homme qui paraissait être un Maître, entoure de ses disciples, au milieu d’un jardin potager. Le roi dit à Zarathoustra :

  • Grand Zarathoustra, je suis venu te voir afin que tu m’expliques les lois de la Nature et de l’Univers. Si tu es un homme aussi sage que le déclare mon peuple, tu vas certainement pouvoir le faire rapidement. Je ne puis en effet m’attarder ici car les importantes affaires d’état m’attendent au Palais.

Zarathoustra regarda le Roi puis prit un Grain de blé et le lui donna.

– Dans ce petit Grain de blé, déclara-t-il, sont contenues toutes les lois de l’Univers et les forces de la Nature.

Le Roi fut très étonné par cette réponse qu’il ne comprit pas. Lorsqu’il vit, sur les visages de ceux qui l’entouraient, s’esquisser des sourires, il devint furieux, si furieux qu’il jeta le Grain de Blé loin de lui, pensant que Zarathoustra se moquait de lui. Et il s’écria :

  • Je te croyais un homme Sage, un grand philosophe, mais je vois maintenant que tu es un homme stupide, cachant son ignorance sous des manières déraisonnables. J’ai été fou de perdre mon temps à venir te voir.

Et il tourna les talons pour regagner son Palais. Zarathoustra ramassa le Grain de Blé et dit à ses disciples :

– Je vais garder ce Grain de Blé, car un jour viendra ou le Roi aura besoin de ce Maître.

Les années passèrent. Le Roi, dans son Palais, connaissait une vie de luxe et d’apparent bonheur, mais la nuit, lorsqu’il allait se coucher, d’étranges pensées lui troublaient l’esprit :

« Je vis dans le Luxe et l’abondance, mais tout près, des multitudes de gens connaissent la misère, la faim et le froid. Pourquoi suis-je Roi ? Pourquoi ai-je pouvoir sur tous les être de mon empire ? Pourquoi les gens sont-ils pauvres et souffrent-ils ? Pendant combien de temps encore pourrai-je jouir de cette abondance et de ce pouvoir ? Que m’arrivera-t-il quand je mourrai ? Mon pouvoir et mes richesses, à quoi me serviront-ils lorsque je serai étendu dans ma tombe ? Qu’adviendra-t-il de moi lorsque mon corps deviendra poussière et nourriture pour les vers ? Restera-t-il quelque chose de ma vie ou tout sera-t-il perdu ? Si je revis, s’agira-t-il encore de moi ou serai-je quelqu’un d’absolument différent ? Aurai-je le même pouvoir que dans ma vie présente ou serai-je un vagabond sans lieu pour poser ma tête, expose aux duretés de la nature et aux luttes pour le pain quotidien ? Que s’est-il passe pour moi avant que je ne vienne vivre cette vie ? Vivais-je auparavant dans ce pays ou un autre ? Ou bien est-ce la première fois que je suis né ? Comment la vie a-t-elle commence ? Comment le monde a-t-il été créé ? Qu’ y avait-il avant que la vie n’apparaisse ? Est-ce Dieu qui a créé l’Univers ? Et Dieu, qui l’a créé ? Qu’existait-il avant le temps ? L’éternité existe-t-elle ? Si elle existe, comment pouvons-nous la concevoir ? »

Ainsi se tourmentait le Roi chaque nuit et souvent il ne trouvait le sommeil qu’au petit matin.

Personne dans le Palais ne pouvait répondre à ces questions. Pendant ce temps la renommée de Zarathoustra grandissait. Le Roi apprenait que de nombreux disciples venaient, souvent même de fort loin, pour voir le Maître et il avait malgré tout l’impression que cet homme pouvait l’aider à résoudre ses problèmes.

Mettant sa fierté de cote, il envoya une caravane chargée d’offrandes a Zarathoustra avec ce message : « Je regrette de t’avoir demande avec jeunesse et impatience, de m’expliquer les grands problèmes de l’existence en quelques minutes. J’ai bien change et désormais je ne cherche plus l’impossible.

Je suis profondément désireux de comprendre les Lois de l’Univers et les forces de la Nature.

Viens dans mon Palais, je t’en supplie, ou si cela n’est pas possible, envoie moi le meilleur de tes disciples en sorte qu’il puisse répondre aux questions qui me tourmentent ».

Quelques temps après, la caravane fut de retour au Palais. On annonça au Roi que Zarathoustra lui retournait les offrandes envoyées. Pour un Jardinier, avait dit Zarathoustra, de telles offrandes n’ont aucune utilité, mais il avait été content de pouvoir garder les toiles d’emballage qui lui seraient utiles pour protéger ses arbres contre le froid de l’Hiver. Zarathoustra avait envoyé un cadeau au Roi, enveloppe dans une feuille, en priant le messager de dire au Roi que ce présent était le Maître qui pourrait tout lui enseigner sur les Lois de l’Univers et les forces de la Nature : « Je ne t’envoie pas un de mes disciples, mais mon propre Maître, Celui qui m’enseigna tout ce que je sais a propos des Lois de la Vie. Je suis sur que tu sera apte a apprendre ce que mon Maître est apte a t’enseigner ».

Le Roi demanda ou se trouvait ce Maître et la messager lui remit le cadeau enveloppe dans une feuille. Dans celle-ci, le Roi retrouva le même Grain de Blé que Zarathoustra lui avait donne quelques années auparavant. Il fut très trouble par ce Grain de Blé et pensa qu’il y avait peut-être quelque chose de mystérieux et de magique à l’intérieur de ce Grain. Il le mit alors dans une boite en Or et le cacha parmi ses trésors. Presque chaque jour désormais, il le regardait, espérant quelque miracle, attendant qu’ il se transforme en quelque chose ou en quelqu’un qui pourrait tout lui enseigner, lui enseigner tout ce qu’il cherchait a comprendre.

Les mois passèrent sans que rien ne survienne.

Finalement le Roi perdit patience et dit :

  • Zarathoustra m’a encore déçu. Il se moque de moi et ne peut répondre à mes questions. Je veux lui montrer que je parviendrai sans son aide à trouver les réponses que je cherche.

Et il envoya vers le grand philosophe indien Tchengregasha, une caravane porteuse des mêmes cadeaux magnifiques qu’il avait voulu naguère offrir à Zarathoustra.

Apres plusieurs mois les messagers revinrent, annonçant que le philosophe avait consenti à venir. Le Roi fut si content qu’il donna des festivités en l’honneur de son hôte et le remercia chaleureusement d’avoir fait un si long voyage. En réponse Tchengregasha lui dit :

  • Je suis très honore d’être auprès de vous, mais franchement je dois vous dire que je suis venu dans votre pays pour pouvoir rencontrer le grand Zarathoustra, dont j’ai entendu parler en de maintes occasions. En vérité, je ne sais pas pourquoi vous avez besoin de moi, alors que vous êtes si près de celui qui en sait certainement beaucoup plus que moi.

Le Roi prit alors la boite en Or, qui contenait le Grain de Blé et répondit :

  • J’ai demande à Zarathoustra de m’enseigner et regarde ce qu’il m’a envoyé ! Il m’a dit que ce Grain de Blé était le Maître qui devrait m’enseigner le Lois de l’Univers et les forces de la Nature. N’est-ce pas ridicule ? Comment expliquer que Zarathoustra ait pu dire pareille sottise ?

Tchengregasha regarda longtemps le Grain de Blé ; le Silence fut profond dans la Palais tandis qu’il méditait. Puis il dit :

  • Je ne regrette pas les longs mois de voyage que j’ai faits. Je sais maintenant que Zarathoustra est vraiment le Maître, le grand Maître que j’ai cru qu’il était. Ce minuscule Grain de Blé peut nous enseigner les Lois de l’Univers et les forces de la Nature, car il les contient à l’intérieur de lui-même. Mais de même que vous ne devez pas garder ce Grain de Blé dans une boite en Or si vous voulez trouver réponse aux questions qui vous troublent, de même vous devez éviter de rester dans ce Palais luxueux. Si vous plantez ce Grain dans la terre a laquelle il appartient et le mettez en contact avec le sol , la pluie, l’ air, le soleil et la lumière de la lune et des étoiles, alors tel un univers entier, il commencera a pousser de plus en plus. Vous devez aller dans votre jardin pour être en contact des force de la Nature, pour être en relation avec tout ce qui vit.

Comme des sources inépuisables d’énergie coulent vers le Grain de Blé plante en terre, de même d’innombrables ressource de compréhension et de savoir couleront vers vous, jusqu’ a ce que vous ne fassiez plus qu’un avec la nature et l’univers qui vous entoure. Si vous observez la croissance de ce Grain minuscule, vous comprendrez qu’il contient, à lui seul, un pouvoir mystérieux, le pouvoir de la Vie. Si vous regardez suffisamment longtemps, vous verrez que le Grain disparaît et est bientôt remplace par une plante qui triomphe de tous les obstacles et pousse de plus en plus parce qu’elle contient la vie a l’intérieur d’elle même. Si vous jetez un caillou en l’air, il retombera au sol. Il n’a pas ce pouvoir mystérieux de la Vie qui permet à une plante de pousser et de triompher sans cesse de la mort. Des le moment ou le Grain germe et que la plante croit vers le Soleil, il y a victoire contre la mort.

Tout ce vous dites est vrai, répondit le Roi, mais la Plante finira bien par mourir et se dissoudre dans la terre ?

  • Non, car elle aura auparavant fait acte de création, se transformant elle-même en des centaines de Grains qui sont chacun comme le premier Grain, dit le philosophe. « Le minuscule Grain a disparu en devenant Plante et vous aussi, en grandissant, vous vous transformerez en quelqu’un d’autre. Une grande vérité semble disparaître lorsque elle se transforme en quelque chose de différent… mais , en fait, elle ne fait que revenir avec une force accrue, comme les cent grains qui remplacent le premier. Vous aussi vous cesserez, un jour, d’ être ce que vous êtes pour devenir une personnalité beaucoup plus riche, en accord avec la Loi qui dit que la Vie crée toujours plus de Vie, la Vérité toujours plus de Vérité, et la graine toujours plus de graines. Ainsi le Grain de Blé répond à l’un de vos soucis : il vous enseigne que tout est en mouvement, tout change et se transforme, que la Vie est le résultat de la lute entre 2 forces qui s’opposent. Si vous allez dans votre jardin et regardez la terre, la pluie, le ciel et les étoiles, ils vous enseigneront beaucoup d’autres vérités comme celle-ci.

Le Grain de Blé est en vérité un grand Maître, nous devrions remercier Zarathoustra de nous l’avoir envoyé. Je propose de partir demain rendre visite a Zarathoustra, afin qu’il puisse nous enseigner encore. Il sera capable de répondre à tous les problèmes qui vous tracassent et je pourrai moi aussi profiter de sa Sagesse.

Le Roi fut vivement touche par les paroles de Tchengregasha et accepta sa suggestion. Quelques jours après, ils arrivèrent au jardin de Zarathoustra et comprirent tout de suite la méthode que celui-ci utilisait pour enseigner a ses disciples : en fait son seul livre était le grand livre de la nature et il apprenait a ses disciples a le lire.

Les deux visiteurs découvrirent encore une autre grande vérité dans le jardin de Zarathoustra : c’est qu’en vivant de façon simple et naturelle, la force totale du développement individuel manifeste pleinement sa créativité et son dynamisme.

Pendant toute une année ils apprirent à lire les lois de la Vie dans le grand Livre de la nature. Puis le Roi de Perse retourna dans sa ville en demandant a Zarathoustra d’écrire l’essentiel de son enseignement : ainsi fut créé le ZEND-AVESTA, qui fut le fondement de la religion officielle de la Perse. Tchengregasha retourne aux Indes. Etant poète autant que philosophe, il résuma tout ce qu’il avait appris avec Zarathoustra dans les hymnes du RIG-VEDA, un autre des grands livres sacres de l’Orient.

La Perse devint une grande nation, se développant avec harmonie aussi longtemps que elle suivit les enseignements profonds et simples de Zarathoustra, aussi longtemps que le mode de vie du peuple fut naturel, sobre et créatif, en accord avec les enseignements du ZEND-AVESTA. Lorsque, comme toutes les puissances a leur apogée, la Perse s’écarta d’un mode de vie simple et patriarcal et que l’excès de richesses développa la paresse… La Perse succomba devant les armées d’une nation guerrière en plein développement, qui tirait sa force de la même pureté et de la même simplicité de vie qui fut, naguère, la base de l’énergie persane.

Tel est le cycle qui se perpétue constamment à travers l’histoire universelle. Le destin de l’individu, comme celui de la nation, est toujours détermine par son degré d’harmonie avec les forces de la nature, les lois de la Vie et de l’Univers.