Léonard Orr, portrait d’un immortel

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par Richard Cummings

Reconnu comme l’initiateur du rebirth et pour ses enseignements sur la prospérité, Orr croit aussi à l’immortalité physique.

Il est assis en demi-lotus sur une table nappée de blanc, égrenant un mala (chapelet rituel) tantôt de la main gauche, tantôt de la main droite. Les cheveux très courts, à peine remis d’un rasage intégral, laissent apparaître des zones d’une calvitie naissante. Le regard est doux, les oreilles attentives, et le visage parfois traversé par un bref sourire qui se fige sur la lèvre supérieure. La voix est posée, effacée, presque monotone, un peu comme si le conférencier était las de s’entendre dire et répéter les mêmes choses depuis plus de vingt-cinq ans.

«J’enseigne la philosophie immortaliste depuis 1962, mais cela fait à peine deux à trois ans que l’intérêt du public s’est éveillé à cela et qu’il en redemande», de préciser Léonard Orr.

Sa quête spirituelle
Son itinéraire spirituel a débuté à l’université, où il étudiait la philosophie et les sciences religieuses. Ce séjour fut marqué par une révélation spirituelle et par une rencontre, en 1961, avec Joelle Teutsch, paralytique de naissance, née aveugle, sourde et muette. Cette dernière, un jour, fut guérie miraculeusement à la suite de la visite d’un être de lumière qui lui enseigna, durant des mois, les préceptes d’une science spirituelle qui lui permirent de retrouver la vue, l’ouïe et la parole. Cette dernière enseigna à Léonard Orr l’essentiel de cet apprentissage, à savoir que « la réalité est créée par nos pensées ». L’étudiant eut tôt fait de mettre à profit cette notion et devint consultant auprès d’hommes d’affaires pour leur enseigner à doubler leurs revenus (de 1967 à 1974), créa la technique du rebirth en 1974 et fondera l’organisation Renaissance internationale en 1979.

En 1988, il s’affiche comme candidat indépendant à la présidence des États-Unis et compte sur l’appui des « nouvel-âgistes » américains – qu’il évalue à environ 30 millions de personnes – pour promouvoir ses idées de démocratie à «ras de terre» basée sur une représentativité accrue des élus politiques (un élu pour 1000 citoyens). Sa principale préoccupation demeure cependant l’enseignement de la philosophie immortaliste et des pratiques hygiénistes immortalistes.

Les recettes de l’immortalité physique
« C’est très facile de devenir immortel, mais cela demande une éternité pour le demeurer », précise-t-il avec une pointe d’humour à la Orr. Le secret, beaucoup plus accessible que celui de la Labatt bleue, consiste en une intime communion avec les quatre éléments: l’air, l’eau, la terre et le feu. Cette recette lui fut révélée par un certain Bhartaji, un être qui aurait la particularité insigne de vivre depuis 9669 ans, qui fut l’un des maîtres de Jésus et qui réside toujours en Inde, dans le village de Barthara situé au Rajastan dans le district d’Alwar. D’après les photos qu’il nous a montrées, l’être en question se porte à merveille et est singulièrement beau. La recette, dites-vous?

Tout d’abord, se débarrasser de sa pulsion de mort, « énergie très subtile et complexe » qui nous fait croire en l’inévitabilité de la mort physique. La méthode: « Chaque fois que vous rencontrez une pensée anti-vie, tuez-la . » C’est l’aspect psychologique du travail. Au plan des idées – la philosophie immortaliste – il s’agit «d’être plus intéressé à vivre qu’à mourir et de croire en notre trinité Corps-Mental-Esprit».

Au plan physiologique et énergétique, il faut suivre une hygiène particulière: pratiquer les techniques respiratoires du rebirth (air); prendre un bain deux fois par jour (eau). Au plan du rapport avec l’élément terre, il faut s’alimenter convenablement et jeûner avec des liquides une fois par semaine (la liqueur d’ambroisie, vous connaissez?) et faire de l’exercice quotidiennement, soit l’équivalent de marcher autour d’un pâté d’immeubles (la taille des immeubles n’est pas précisée). Finalement, il s’agit de s’asseoir devant le feu entre cinq à dix heures (par jour?) afin de développer une relation consciente avec l’esprit du feu, « sinon vous allez mourir ». Pour l’ex-étudiant en théologie qu’est Léonard Orr, les quatre éléments sont les attributs éternels de l’Esprit saint et ils dispensent automatiquement la Grâce puisqu’ils sont les sacrements éternels. Et de rappeler comment « l’on se sent toujours bien après un bon bain, une bonne inspiration profonde, un jeûne ou même après une séance devant un feu de foyer ». Certes, mais l’immortalité?

Il serait trop aisé d’ironiser sur un sujet telle l’immortalité physique et plus d’une assertion de Léonard Orr prête le flanc à la critique (ne serait-ce que par des affirmations intempestives du genre: «Le mouvement de rebirth a le plus bas taux de mortalité au monde » (où sont les statistiques à l’appui?) ou: «L’on sait maintenant très bien que Jésus a passé plus de la moitié de sa vie en Inde», déclarations qui s’adressent beaucoup plus à la foi des adhérents qu’à leur esprit critique). Cela dit, l’homme semble y croire profondément, assez du moins pour en parler ouvertement – sans prosélytisme agressif – et au risque de passer pour « l’idiot du village» (« the fool of the place ») auprès de la très grande majorité. Mais au fond, cette quête de l’immortalité n’est-elle pas issue d’une très grande peur de la mort?

«Non, je ne crois pas. Les gens évoluent spirituellement et deviennent de plus en plus sophistiqués à ce niveau. Et l’immortalité physique est une notion qui refait surface et s’inscrit dans le cours naturel de l’évolution spirituelle de l’humanité. »

Immortels qui vivent depuis des milliers d’années et qui ont été les maîtres de Jésus; ascètes, dignes émules de Star Trek, capables de dématérialiser et rematérialiser les corps à volonté, de s’amuser à pratiquer l’ubiquité ou la lévitation; capables aussi de changer de sexe ou d’apparence en claquant des doigt etc. Tout cela fait beaucoup penser aux aventures de La vie des maîtres, Baird T. Spalding, ce classique de spiritualité-fiction. Mais s’agit-il seulement de fiction?

L’immortalité physique est-elle possible? J’en doute, mais si cette croyance peut vous garder en quelques années de plus – après tout, Spalding est mort à 95 ans! – pourquoi pas? Ce qui est vrai par contre, c’est la nostalgie que j’ai lue dans les yeux de Léonard Orr lorsqu’il parlait de ses maîtres et de cette région particulière des Himalayas… Nostalgie du sage et de « l’illuminé » qui s’illusionne? Qui vivra verra!

Oups! une dernière question M. Orr: Quel âge avez-vous? (il fait entre 45 et 50 ans) «Vous ne le saurez jamais, c’est un secret métaphysique. » Ouf! suis rassuré de constater que les immortels conservent leur coquetterie! Je vous laisse, je dois prendre mon bain…

Cet article a été publié dans la revue Guide Ressources, vol. 3, no. 5, pp. 29-30. Tous droits réservés par Richard Cummings.

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